Entretien avec Ustina Dubitsky, directrice musicale de Beethoven, Brahms.
En quoi le Concerto n° 3 pour piano de Beethoven vous parle-t-il ?
C’est une œuvre qui accompagne beaucoup les étudiants en direction d’orchestre, par sa complexité et ses cadences. J’aime son mystère, le fait qu’il se dévoile subtilement. Peut-être correspond-il à ma personnalité. Il n’ouvre pas la porte avec force, en imposant sa présence, il se laisse découvrir au fur et à mesure.
La Symphonie n° 8 est-elle, pour vous, plus subtile que légère ?
Elle est rarement jouée car elle est courte et difficilement programmable. Elle est un peu le vilain petit canard des neuf symphonies ! Je la trouve très intéressante car Beethoven, après avoir développé tout son talent, retourne à une forme plus classique, comme s’il revenait aux sources, avec une œuvre très personnelle. C’est une île intime, lumineuse, joyeuse, pleine d’humour aussi.
Le premier mouvement se termine en pianissimo, sans mesures éternelles, le troisième est un menuet et elle ne possède pas de mouvement lent. Elle passe très vite et dévoile une autre facette de Beethoven. Pas le côté dramatique et sombre, mais un côté révolutionnaire plus subtil, comme un bijou à la Haydn. Je suis heureuse qu’on prenne cette symphonie au sérieux.
Et les Danses hongroises ?
Je trouve très intéressant de les présenter ici comme une œuvre à part entière et non comme un bis. Elles sont véritablement un bouquet de fleurs, dont chacune a sa couleur et son caractère, mais dont l’ensemble forme une œuvre harmonieuse. C’est une chance de pouvoir apprécier leur richesse dans l’ensemble.
Qu’est-ce qui vous stimule en tant que cheffe ?
Raconter une histoire, le lien qui court entre les œuvres. Faire de la musique de chambre avec l’orchestre, qui est mon instrument, en échangeant avec les musiciens pour trouver un compromis. Proposer au public l’expérience d’une transformation émotionnelle, quelle qu’elle soit.
À quel moment avez-vous senti que vous aviez trouvé « votre » façon de diriger ?
Je n’ai jamais rêvé d’être cheffe. C’est le résultat d’une sédimentation de décisions et de contextes. On m’a mise au violon à quatre ans, on m’a aiguillée, je me suis imprégnée. Comme je n’avais pas étudié le piano, je n’envisageais même pas la direction d’orchestre. Mais, en répétition, on me faisait remarquer mon écoute et ma capacité à trouver les mots. Puis, un jour, j’ai eu une sensation rare avec un ensemble que je dirigeais. Une réaction chimique, une compréhension mutuelle, naturelle, comme si on respirait ensemble la même idée, qu’on nageait sur la même vague. C’était merveilleux et j’ai compris que j’étais à ma place.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier, journaliste
Le saviez-vous ?
La création du 3e concerto de Beethoven (par le compositeur lui-même au piano) a eu lieu lors d’un concert bénéfice donné au Theater an der Wien à Vienne le 5 avril 1803. Celui-ci rapporta une grande somme d’argent à Beethoven, qui toucha 1 800 florins, soit plusieurs fois le salaire annuel d’un fonctionnaire moyen dans le gouvernement des Habsbourg.