Entretien avec James Bonas, metteur en scène de Company.
Qu’est-ce qui vous touche dans cette œuvre ?
Les thèmes et les idées qu’elle explore trouvent aujourd’hui autant d’écho qu’au moment de son écriture. J’ai toujours eu le sentiment — et le public français me l’a confirmé — que notre désir de trouver quelqu’un avec qui traverser la vie reste aussi bouleversant, exaltant et insaisissable qu’il l’a toujours été. Bobby est entouré d’amis engagés dans toutes sortes de relations, et à travers eux se reflètent nos familles, nos proches, mais aussi nous-mêmes. C’est une œuvre remarquable, autant sur le plan littéraire que musical. Elle relève du génie.
Comment avez-vous construit le rythme soutenu de la pièce ?
Barbara est une créatrice et scénographe exceptionnelle, et nous savions dès le départ que nous voulions donner au spectacle une dimension presque cinématographique. L’écriture elle-même possède un rythme très particulier : il arrive qu’une scène se termine sur une question et que la suivante y réponde dès sa première réplique. Nous avions donc besoin d’une fluidité presque onirique dans l’espace et dans le récit, capable d’accompagner ce tempo très vif. Cela passait par des éléments évoquant des lieux familiers — une cuisine, le balcon d’un appartement new-yorkais — tout en conservant une part d’abstraction, afin qu’ils apparaissent et disparaissent avec naturel. C’est un vrai défi !
Quel rôle joue le dispositif vidéo dans la narration ?
La vidéo dialogue en permanence avec le décor. Le langage visuel linéaire et graphique du plateau, inspiré des codes esthétiques des années 1970
— époque à laquelle l’œuvre a été écrite — se prolonge dans les projections, qui reprennent, soulignent ou parfois déconstruisent ces lignes. Elle apporte aussi une dimension ludique : dans You Could Drive a Person Crazy, par exemple, elle interagit directement avec la chorégraphie des interprètes. À d’autres moments, comme dans Another Hundred People, elle élargit l’espace scénique pour restituer toute l’énergie et l’effervescence des rues de Manhattan. Si cette œuvre parle de l’âme de New York, alors la vidéo nous aide à la révéler.
Comment avez-vous travaillé l’équilibre entre humour, mélancolie et virtuosité musicale ?
En faisant confiance à l’œuvre elle-même. Son écriture tient avec une finesse extraordinaire cet équilibre entre des émotions parfois opposées : elle est à la fois déchirante, ample et profondément romantique, mais aussi mordante, drôle, ironique et pleine d’esprit. Quand un texte est aussi brillamment écrit, notre rôle, en tant qu’équipe artistique et interprètes, est de lui faire confiance, d’en suivre le mouvement et de voir où il nous mène.
Que dit Bobby de notre manière contemporaine d’aimer et de vivre ?
Au fond, l’essence de ce qui fait notre humanité ne change jamais. Les siècles passent, les modes et les idées évoluent, mais nous restons les mêmes : des êtres qui cherchent à être entourés, écoutés et aimés. Bobby parle à chacun d’entre nous : cette peur de s’engager, ce besoin de préserver son indépendance, tout en désirant profondément, au bout du compte, partager sa vie avec quelqu’un.
Avec cette nouvelle version, que souhaitez-vous que le public se dise ou ressente en sortant ?
Que nous ne sommes pas seuls.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier, journaliste
Presse
« James Bonas régit un spectacle d’une grande fluidité, avec la complicité de Barbara De Limburg qui a conçu un décor aussi modeste qu’astucieux, permettant d’enchaîner prestement les différents tableaux. Cette apparente simplicité ne bride pas les ambitions spectaculaires, qu’autorisent des vidéos exaltant la splendeur de Manhattan, sa vitalité urbaine, sa magie nocturne. »
Diapason, Emmanuel Dupuy – 10 mars 2025