La lumière au cœur de l’œuvre
Le lundi 9 février 2026
Entretien avec Ben Glassberg, directeur musical de Iolanta.
Tchaïkovsky est souvent associé à des drames flamboyants. Qu’aimez-vous dans la sobriété de Iolanta ?
Sa simplicité. C’est une œuvre courte, en un seul acte, mais d’une grande profondeur. Elle explore l’innocence sous différentes formes : celle de Iolanta qui ignore qu’elle est aveugle, celle de son père qui cherche maladroitement à la protéger, celle du comte, encore très jeune. On est dans quelque chose d’intime et c’est ce qui la rend si touchante.
Que permet une version concertante qu’une mise en scène pourrait masquer ?
Elle nous ramène à l’essentiel : la musique et les voix. On est dans une relation directe entre les chanteurs et le public. Cela crée une immersion dans la beauté de la partition et une écoute presque plus émotionnelle.
Comment la musique traduit-elle le rôle central de la lumière dans Iolanta ?
La lumière est au cœur de l’œuvre, elle représente à la fois une révélation et une transformation. Je la perçois comme une naissance : la partition commence avec une grande sobriété, presque en demi-teinte, puis s’anime peu à peu. À la fin, on ressent une explosion de joie, comme si on passait du noir et blanc à la couleur.
Avez-vous déjà dirigé cette œuvre ?
Oui, une première fois à Vienne, en remplaçant un chef au pied levé. J’ai eu un vrai coup de foudre pour cette partition. J’ai tout de suite appelé Loïc Lachenal pour lui proposer de l’inscrire pour ma dernière saison. Iolanta est une œuvre très accessible et sincère et la jouer avec les deux phalanges de l’orchestre et certains des plus grands chanteurs actuels, c’est un bonheur absolu !
Comment travaillez-vous avec les chanteurs de ce casting d’exception ?
Ce sont tous des voix singulières, immédiatement reconnaissables, et je tiens à valoriser cette individualité. Iolanta, c’est une symbiose idéale entre texte et musique. L’émotion y est centrale. Mon travail consiste à laisser s’exprimer cette émotion de manière organique, en soutenant au maximum la richesse des tessitures et l’interprétation de chacun.
« Cette lumière, c’est la redécouverte du monde pour Iolanta mais aussi une renaissance symbolique pour tous les personnages. »
Quelle émotion principale le public emportera-t-il avec lui ? Y a-t-il des passages qui l’illustrent particulièrement ?
Je vois l’œuvre comme un voyage entre la mélancolie et la joie. On y ressent une douceur enveloppante, comme avec cette magnifique berceuse portée par trois voix féminines et le chœur. Puis viennent des moments de tension, de vie, comme cette grande scène où tous les personnages chantent en même temps. C’est une œuvre qui touche le cœur, profondément.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier
Le saviez-vous ?
Iolanta occupe une place à part dans l’œuvre de Tchaïkovsky : c’est le seul opéra du compositeur qui s’achève sur une fin heureuse. Les personnages, inspirés de figures bien réelles, portent une dimension symbolique proche du conte de fées.