L’amour de Schubert pour le génie de Mozart
Le mardi 17 mars 2026
Entretien avec Umberto Clerici, chef d’orchestre du concert symphonique Schubert, Mozart.
Mozart et Schubert sont des piliers du classicisme viennois. Qu’est-ce qui vous touche le plus dans leur musique ?
J’ai grandi avec la musique de chambre de ces compositeurs, étant violoncelliste. Dans le classicisme viennois, chaque détail compte : gestes, articulations, phrasé, tension harmonique… tout doit être codifié et interprété. Pour un orchestre, jouer ce répertoire, c’est comme de la musique de chambre à grande échelle : chaque musicien est vital et mon rôle est de relier tout ça et donner une structure claire tout en laissant chacun s’exprimer.
Comment travaillez-vous la relation entre le soliste et l’orchestre dans le Concerto pour violon n° 3 de Mozart ?
Ayant été soliste pendant plus de dix ans, j’ai vécu cette dynamique des centaines de fois. Je cherche à créer un environnement particulier pour le soliste en passant toujours plus de temps que les vingt minutes habituelles avec lui. Et, à l’ancienne, je prépare l’orchestre avant son arrivée. Ainsi, la musique se construit véritablement entre les deux et je suis le lien, pas le personnage principal.
Comment percevez vous l’influence de Mozart dans la Symphonie n° 5 de Schubert ?
Schubert avait dix-neuf ans et admirait profondément Mozart. Il écrivait dans son journal : « Ô Mozart ! Mozart immortel ! combien d’impressions d’une vie plus lumineuse et meilleure as-tu gravées dans nos âmes ! » On entend son influence mais aussi son amour pour le génie de Mozart. L’instrumentation de cette symphonie correspond à celle de la première version de la Symphonie n° 40 de Mozart, sans clarinettes.
Y a-t-il un souvenir lié à Mozart ou Schubert qui ait marqué votre vie musicale ?
En tant que violoncelliste, j’ai découvert Mozart tardivement, à travers ses trios et quatuors, car il n’y avait pas de sonate ou de concerto pour mon instrument. Schubert reste mon compositeur préféré. Ses symphonies, à l’exception de la 7e et de la 9e, sont rarement jouées et c’est dommage. Elles sont pleines de danse, de lumière, de bonheur pur et de profonde tristesse.
Votre formation de violoncelliste façonne-t-elle votre manière de diriger ?
Énormément. Je me considère toujours comme un « violoncelliste avec une baguette » plutôt qu’un chef traditionnel.
Au-delà de la musique, y a-t-il un paysage ou une expérience qui vous plonge dans l’univers de Schubert ?
J’ai joué la Sonate pour arpeggione de Schubert des dizaines de fois. Je me souviens d’un voyage en Transsibérien, deux semaines à jouer cette sonate dans l’après-midi et à voyager de la Mongolie à Moscou toute la nuit. Épuisant, mais absolument inoubliable à 22 ans !
Propos recueillis par Vinciane Laumonier
Le saviez-vous ?
Lors de ce concert Schubert, Mozart, vous pourrez également écouter la Symphonie classique de Prokofiev.
« Quand nos musiciens et professeurs à tendance classique (mais à mon avis de faux-classiques) entendront cette symphonie, ils vont sursauter et crier pour protester contre ce nouvel exemple de l’insolence de Prokofiev. Mais mes vrais amis verront que le style de ma symphonie est précisément d’un classicisme mozartien et ils lui accorderont sa vraie valeur, tandis que le public sera juste content d’entendre une musique heureuse et sans complication que, bien sûr, ils applaudiront ! »
Prokofiev, à propos de sa Symphonie classique