Un portrait complet de Bizet
Le mardi 17 mars 2026
Entretien avec Pierre Dumoussaud, chef d’orchestre de L’Arlésienne.
Bizet est surtout connu pour Carmen. Que révèlent Le Docteur Miracle et L’Arlésienne de son écriture musicale ?
Bizet est, pour moi, un compositeur à part. Sa mort à 36 ans est sans doute le plus grand drame de l’histoire de la musique française. S’il avait vécu plus longtemps, je suis convaincu qu’on l’aurait désigné, sans hésiter, comme le plus grand compositeur français. Le Docteur Miracle est encore trop peu connu. On y trouve déjà un élan de génie et il marque un début de carrière éclatant. Quinze ans plus tard, L’Arlésienne montre toute sa maturité. Une musique inventive, nourrie par une recherche très étroite entre texte et musique avec Daudet et une exploration brillante des couleurs provençales.
« L’Arlésienne me bouleverse profondément. »
Quelle image globale de Bizet souhaitez-vous transmettre à travers ces deux œuvres ?
Ces pièces dessinent un portrait très complet de Bizet. C’est un compositeur poignant, qui maîtrise la dramaturgie, mais qui sait aussi faire preuve de légèreté et d’humour. Il signe de véritables petits bijoux, dont certains deviennent des tubes, comme le célèbre « Quatuor de l’omelette ». Il s’appuie sur un héritage classique solide, le contrepoint, les canons, et le fait aller plus loin. Le succès immense de Carmen a fini par écraser le reste de son œuvre et par faire oublier à quel point elle était audacieuse. J’aime aussi rappeler que Bizet a douté toute sa vie, malgré son immense maîtrise, et qu’il se référait constamment à ses pairs.
Quel est le rôle du chef d’orchestre dans un spectacle aussi théâtral ?
Je m’inspire de mon travail à l’opéra. Je m’appuie sur le texte pour ensemencer la musique, organiser les mots mais aussi les silences, lui donner du sens. La grande arche dramaturgique m’appartient moins ici, mais j’ai une influence essentielle sur le rythme, la respiration et le mouvement de l’ensemble.
Ce projet met en valeur un Bizet multiple. Qu’est-ce qu’il révèle de vous ?
La première fois que j’ai découvert L’Arlésienne, j’ai pleuré. Cette œuvre frotte en moi une corde adolescente. Je suis profondément ému par l’espoir déçu de Frédéri, l’inquiétude de sa mère, cette impuissance à lâcher prise qui conduit au drame. Je reste bouleversé à chaque fois. Ce projet me permet aussi de retrouver l’Orchestre pour la première fois depuis ma nomination. Il ouvre un espace de recherche avec les musiciens et avec le théâtre, pour imaginer ensemble notre travail des prochaines saisons et c’est extrêmement galvanisant.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier
Le saviez-vous ?
La jeune femme de la nouvelle est à l’origine de l’expression « jouer l’Arlésienne » qui désigne une personne ou une chose dont on parle tout le temps, mais qui n’apparaît pas.