Les fantômes qui nous accompagnent
Le mercredi 28 janvier 2026
Entretien avec Rachid Ouramdane, chorégraphe de Contre-nature.
Quel a été le point de départ de cette création ?
Pour cette création, la recherche du geste a été mon point de départ. Je n’ai pas voulu m’inspirer d’un récit ou de témoignages, comme je le fais parfois dans d’autres projets. Retourner au geste, c’est revenir à ce qu’il peut exprimer de souterrain, de sourd et d’intérieur, sans les mots. J’ai également engagé une réflexion autour du geste aérien, et la manière de faire corps, de travailler ensemble et de réaliser des choses que nous ne sommes pas capables de faire seuls.
En effet, votre pièce fait une large place au geste aérien et aux portés : quelle fonction ont-ils dans la pièce ?
Cela renvoie avant tout au rapport à l’autre, qui m’intéresse beaucoup. Le porté implique une prise de risque et une confiance particulière envers son partenaire. J’ai souhaité intégrer des circassiens à la création, des acrobates ou, comme je préfère les appeler, des artistes de l’aérien. Sur le plateau, ils évoluent avec les danseuses et les danseurs, donnant vie à une écriture originale et à des mouvements inattendus.
Contre-nature : pourquoi ce titre ?
Contre-nature explore la manière dont nous sommes façonnés par les autres, y compris lorsqu’ils ne sont plus là. J’ai pensé en particulier aux situations où les plus jeunes disparaissent avant les aînés, ce qui vient bouleverser l’ordre que l’on considère comme naturel. Le titre renvoie aussi au travail très présent sur l’aérien : être dans les airs est, en soi, une forme de contre-nature, puisque nous sommes des êtres soumis à la gravité, profondément ancrés dans le sol. Le spectacle fait dialoguer ces deux renversements, intime et physique.
En quoi cette pièce parle-t-elle de l’absence ?
La pièce évoque l’enfance et le vieillissement. Par des gestes et des images qui racontent le temps qui s’écoule et l’absence, je montre comment nous continuons à avancer, accompagnés par ceux qui nous ont quittés, ces fantômes qui nous accompagnent.
Propos recueillis par Enzo Janin-Lopez
Le saviez-vous ?
La compagnie de Chaillot n’est pas une compagnie permanente. C’est une communauté qui se mobilise à chaque fois que Rachid Ouramdane impulse un projet. Elle est composée de danseurs, acrobates, funambules, compositeurs, vidéastes, créateurs lumière, photographes, scénographes et costumières.