L’essence de la vie humaine, la jeunesse et l’adieu
Le jeudi 12 février 2026
Entretien avec Antony Hermus, chef d’orchestre du Chant de la Terre.
Ce concert réunit deux œuvres très différentes. Que vous inspire le dialogue entre Julia Wolfe et Mahler ?
Pour moi, c’est à la fois une collision et une rencontre. On se trouve face à deux univers opposés, séparés par un siècle et des esthétiques différentes, qui parlent pourtant de la même chose : l’essence de la vie humaine, la jeunesse et l’adieu.
Fountain of Youth parle de jeunesse et de renouveau. Que vous évoque cette œuvre ?
C’est une montagne russe musicale, une pièce à la fois brute, directe et pleine d’énergie, qui vous saisit immédiatement. Elle incarne l’idée que la vitalité est d’abord un élan intérieur. Ce n’est pas une question d’âge mais un état d’esprit.
Comment transmettez-vous cette vitalité à l’orchestre ?
Je propose aux musiciens de jouer comme si c’était la première et la dernière fois qu’ils interprétaient cette œuvre. J’essaie d’allumer la flamme, de faire vibrer le risque. Pas question de rester dans un confort, nous cherchons ensemble l’intensité !
Avec Le Chant de la Terre, Mahler nous parle de fragilité et de beauté. Qu’est-ce qui vous touche le plus dans cette œuvre ?
Ce qui me bouleverse, c’est la façon dont Mahler transforme l’adieu en un acte d’amour. Mahler ose lâcher prise et accepte la fin avec une sincérité désarmante. Je trouve cela bouleversant de courage et d’humanité.
Comment dosez-vous l’intensité orchestrale face à la fragilité des voix ?
Je vois cela comme un murmure au cœur de la tempête. Tout repose sur une écoute attentive, sur la manière de sculpter l’espace sonore pour que la voix puisse exister sans effort et trouver une respiration partagée avec l’orchestre.
« Le Chant de la Terre est un murmure au cœur de la tempête. »
Mahler s’inspire ici de poèmes chinois. Est-ce une couleur que vous cherchez à faire ressortir ?
Pas littéralement. Je n’essaie pas de peindre une Chine imaginaire mais plutôt de créer une ambiance faite de distance, de silence et de mélancolie. Le temps ralentit, on a l’impression de regarder un horizon qui s’efface peu à peu et cela suffit à installer une poésie singulière.
Et vous, qu’est-ce qui vous touche ou vous apaise dans la nature ?
La mer. L’infini, la force et le calme. Et surtout, la perspective.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier
Le saviez-vous ?
Pourquoi ne pas avoir intitulé Le Chant de la Terre sa « 9e symphonie » ? Par superstition : Mahler craignait la fameuse malédiction de la 9e, qui semblait frapper les compositeurs après Beethoven (Schubert, Bruckner, Dvořák…). Il mourra cependant en 1911, après avoir achevé sa véritable 9e symphonie mais sans pouvoir terminer la 10e.