Nisi Dominus en images
Le jeudi 7 mai 2026
Entretien avec Rinaldo Alessandrini, chef d’orchestre de Vivaldi, Nisi Dominus.
Qu’est-ce qui fait la singularité du Nisi Dominus dans l’œuvre sacrée de Vivaldi ?
Le Nisi Dominus s’inscrit dans un vaste corpus d’œuvres pour voix seule et orchestre : psaumes, antiennes et motets. Vivaldi s’est adapté au goût de son temps, proposant des solutions compositionnelles toujours soigneusement dosées en surprises. Ce psaume ne tient pas une place à part mais offre de nombreuses possibilités de dramatiser la musique.
Quelle émotion première vous évoque-t-il ?
Je ne parlerais pas d’émotions. L’œuvre est une succession d’images, chacune donnant lieu à une solution musicale. Le résultat émotionnel naît surtout de l’écoute.
« Le résultat émotionnel naît surtout de l’écoute. »
Comment abordez-vous l’équilibre entre virtuosité et intériorité ?
Chez Vivaldi, l’intériorité se traduit peut-être par l’écriture contrapuntique, plus liée à la tradition sacrée. Ainsi, le Nisi Dominus se termine par une fugue, comme le célèbre Gloria. Mais Vivaldi savait aussi que virtuosité et théâtralité étaient essentielles au succès de la musique sacrée. Je ne cherche donc pas l’équilibre mais plutôt à mettre en valeur ces contrastes et juxtapositions, convaincu que la structure musicale est l’information la plus importante.
Le Cum dederit, très connu, tranche par sa douceur suspendue…
Ce mouvement s’appuie sur le mot somnum (sommeil en latin) et construit un mouvement musical de berceuse, comme dans la cantate de Merula Hor ch’è tempo di dormire. Vivaldi y ajoute un mouvement chromatique ascendant sur fructus ventris, sans lien direct avec le texte, mais créant ainsi un effet de contraste saisissant.
Cette œuvre révèle-t-elle quelque chose sur la spiritualité de Vivaldi ?
Il ne faut pas projeter une idée romantique de spiritualité. Au XVIIIe siècle, la musique sacrée italienne était pensée selon des critères théâtraux. Elle évoque la force, l’enthousiasme, la majesté, non la méditation. La messe et les Vêpres (dont le Nisi Dominus est un mouvement) constituent des moments musicaux de splendeur, de participation sociale et de chevauchement de langages culturels, sacrés et profanes. L’Église voulait remplir ses lieux d’une musique éclatante, reflet de l’abondance et de la gloire céleste.
Qu’aimeriez-vous que le public emporte après ce concert ?
Émerveillement et excitation.
Votre lien à Vivaldi a-t-il évolué au fil des années ?
Sa musique doit être efficace, c’est le détail le plus important : c’est une musique écrite pour un public d’auditeurs. Mon expérience s’inscrit dans une réflexion plus large sur la séduction théâtrale et expressive du baroque.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier
Le saviez-vous ?
Une particularité assez surprenante du Nisi Dominus est que Vivaldi n’a composé qu’une seule version de ce psaume.
Il avait pourtant l’habitude de réécrire plusieurs fois les mêmes textes liturgiques. Cela rend cette œuvre assez unique dans toute sa musique sacrée.