« Chacune de ces œuvres nous rappelle que la musique se vit avec tout son être. »
Le lundi 5 octobre 2026
Entretien avec Antony Hermus, directeur musical de Nielsen, Grieg.
Ce concert a un souffle nordique. Que souhaitez-vous transmettre au public ?
J’aimerais avant tout partager un sentiment de liberté, d’espace et d’émerveillement. Cette musique nous rappelle que nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes. Elle nous invite à écouter autrement : la nature, les autres, mais aussi notre propre monde intérieur. C’est un programme qui ouvre l’imagination et qui donne de l’énergie.
Existe-t-il une manière « nordique » de faire sonner un orchestre ?
Je pense que oui. Je pense à une grande transparence, à des couleurs très vivantes et à une lumière particulière qui peut passer en un instant de l’ombre à l’éclat. Il y a souvent moins d’emphase que dans la tradition germanique ou latine, mais une intensité très profonde et très sincère. La nature y est presque toujours présente, non pas comme un décor, mais comme une force vivante.
Pouvez-vous présenter brièvement les richesses de ces œuvres ?
Resurgence d’Ørjan Matre est une œuvre fascinante qui explore l’espace autant que le son. Des groupes de musiciens sont placés autour du public, transformant la salle de concert elle-même en instrument. L’auditeur est littéralement plongé au cœur de la musique. Le Concerto pour piano de Grieg est un joyau du répertoire. Il possède à la fois une virtuosité éclatante, une grande tendresse et un lien profond avec l’âme norvégienne. C’est une musique qui parle directement au cœur. La Quatrième Symphonie de Nielsen, « Inextinguible », est pour moi l’une des plus grandes symphonies jamais écrites. C’est une œuvre d’une énergie incroyable, qui célèbre la force irrésistible de la vie.
Voyez-vous un fil conducteur entre ces trois œuvres ?
Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un programme construit autour d’une idée philosophique unique. Ce qui me frappe davantage, c’est la manière dont ces trois compositeurs nous invitent à vivre la musique de façon très physique et très directe. Matre joue avec notre perception de l’espace. Grieg nous touche par l’émotion et le chant. Nielsen nous entraîne dans une expérience presque élémentaire d’énergie et de mouvement. Chacun à sa manière nous rappelle que la musique est quelque chose que l’on vit avec tout son être.
Ce programme montre-t-il une évolution de l’énergie nordique à travers le temps ?
Absolument. Les langages sont très différents, mais certaines préoccupations demeurent : la relation à la nature, à l’espace, à la lumière et aux grandes forces qui nous entourent. C’est fascinant de voir comment chaque génération trouve sa propre voix tout en restant liée à un même héritage culturel.
Y a-t-il un moment que vous attendez particulièrement ?
J’attends avec impatience les premières minutes de Resurgence, lorsque le public découvre progressivement que la musique l’entoure de toutes parts. Et bien sûr les dernières pages de Nielsen, où toute l’énergie accumulée au cours de la symphonie se libère avec une force extraordinaire. Ce sont des moments qui rappellent pourquoi nous aimons tant la musique vivante.
Propos recueillis par Vinciane Laumonier, journaliste
Le saviez-vous ?
Dans Resurgence, créé en 2011, le compositeur norvégien contemporain Ørjan Matre disperse les musiciens dans l’espace, donnant à chaque auditeur une expérience sonore unique selon son placement dans la salle. La raison ? Cette pièce a été commandée pour inaugurer le premier concert donné dans une toute nouvelle salle de concert, le Kilden, à Kristiansand ; pour marquer l’occasion, il a décidé d’utiliser l’ensemble du bâtiment, les coulisses, la scène et la salle.